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Apprendre à se "déconditionner"



Un exemple: on apprend à l’enfant à se conformer à certaines règles pour qu’il soit comme il faut, et non comme il est.
Ce conditionnement aura plusieurs implications pour le futur adulte, que nous pouvons décoder pour comprendre l'approche du Tantra.

Prenons un sous-exemple: la politesse
Un enfant apprend à dire merci.

Deux possibilités:
  • soit les parents se contentent de dire à l’enfant que pour montrer de la reconnaissance à un service qui est rendu ou à quelque chose qui est donné on dit « merci », puis les parents laissent l’enfant libre de s’approprier ou non cet habitude, à supposer qu’il soit déjà suffisamment mature pour exprimer la gratitude.
  • soit on lui fait la demande de dire merci, voire on l’exige. L’enfant n’a plus le choix, pour continuer à recevoir l’approbation de ses parents il doit se conformer à cette nouvelle règle. 
Supposons la deuxième solution.

  • Première possibilité: l'enfant accepte.
Dans un premier temps, il peut s'en trouver satisfait, car il voit que cela donne en retour du plaisir à ses parents. Au passage il apprend donc un autre conditionnement, celui de trouver son plaisir par le fait de satisfaire la demande de l’autre (et son corollaire, celui de trouver son plaisir par le fait que l’autre satisfasse notre demande).
L’enfant intègre ce conditionnement du remerciement, oublie son but premier, et se coupe alors de son sentiment naturel de gratitude, trafiqué au nom des bonnes manières.
Au delà du simple remerciement, ce « lissage » par les bonnes manière s’effectue à de multiples niveaux de l’apprentissage, de façon à nous conditionner à servir une cause qui nous est étrangère, le plus souvent en détournant notre désir de recevoir l’approbation de nos parents. L’approbation ? Oui, et non l’amour, car il ne faut pas s'y méprendre, l'amour ne peut être conditionné à une attitude particulière à adopter.
Mais revenons un peu en arrière.

  • Que se passe-t-il si l’enfant refuse de faire ce qu’on lui demande ?
Les parents lui disent que c’est mal (nouveau conditionnement moral), et commencent à user de toutes sortes de pressions (chantage affectif, restrictions, voire menaces physiques) pour que l’enfant oublie ce qu’il sent spontanément en lui et pour qu'il fasse plutôt ce qu’on lui dit.
En parallèle, se transmet aussi l’idée que notre nature spontanée est répréhensible, « mauvaise, qu’il faut la contrôler pour être accueilli dans ce monde. 
Possiblement émerge aussi la peur de soi-même. Si des énergies spontanées émergent chez l’enfant qui vont à l’encontre de ce qu’on lui a demandé de faire, l’enfant va commencer à se méfier de lui-même.

Si l’enfant se rebelle davantage, c’est le début d’une longue lutte, souvent épuisante, parfois traumatisante, ouvrant le terrain à de possibles nombreuses difficultés. Pour d’autres enfants mûrs cela pourra parfois être un tremplin vers un retour à soi-même.

Si l’enfant se soumet, il se coupe de son énergie propre, quelque chose meurt en lui. Le vague sentiment de malaise qui se crée alors pourra lui servir de guide vers une reconection à lui-même, plus tard, à moins que cette sensation ne reste refoulée, et prenne progressivement une telle place qu’elle submerge l'enfant/l'adulte et l’entraîne vers un mal-être de plus en plus insupportable.

Voici quelques racines possibles parmi d’autre, de nos futures souffrances d’adultes.

Cette morale de la petite enfance amène très tôt la peur du jugement de l’autre (du fait de la dichotomie entre ce qu’on voudrait spontanément faire et l’accumulation sans fin de ce qu’il faut faire pour l’extérieur), et l’idée (fausse) qu’il faut se soumettre à des conditionnements plutôt que s’écouter soi-même pour accéder au bien être.
Le gain est de court terme, car l'enfant se rend vite compte que ce chemin éducatif vers ce qu’il supposait à tort être de l’amour n’était qu’un leurre, et le prix à payer sera progressivement bien plus grand que les premiers gains.

Le tantra propose de nous reconnecter à notre énergie vitale, en éclairant nos conditionnements au prisme de la conscience. C'est donc une approche tournée vers le centre de nous-même, incluant avec bienveillance tous nos aspects sans en rejeter aucun, y compris nos conditionnement, nos peurs, nos peurs d’être jugés, nos jugements sur nos peurs d’être jugés, nos peurs d'être jugés sur nos jugements… 
Il ne s’agit alors pas de revenir en arrière pour changer un passé, impossible d'ailleurs à changer, mais d’ouvrir les yeux sur une réalité au présent et par l'acceptation de ce qui se présente rétablir le lien avec notre vitalité intérieure.

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